Bats in the Belfry

Phenomena
Parcours art numérique / patrimoine
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Boulogne-sur-mer / Beffroi / Belfry
Bats in the belfry
projection vidéo sur paillettes en plastique et couvertures de survie

Photos Cécile Wesolowski et Rémi Vimont

« Une fois dans le lieu, mon installation s’est mise concrètement à respirer. L’écran au sol qui reçoit la projection, composé de couvertures de survie et de paillettes, se gonfle et se dégonfle doucement en fonction de l’humidité ambiante et du vent qui s’engouffre dans le beffroi. » Cécile Wesolowski

 

L’oeuvre

Véritable symbole de la ville, le beffroi abrite une installation créée par Cécile Wesolowski. Avec Bats in the belfry, littéralement « avoir une chauve-souris dans le beffroi » autrement dit « une araignée au plafond », l’artiste transforme l’intérieur de la tour en une sorte de lanterne magique scintillante. Elle projette sur la surface réfléchissante d’une couverture de survie sertie de paillettes la vidéo d’une chauve-souris à la trajectoire insolite. Cécile Wesolowski se sert de l’obscurité du lieu qu’elle renforce pour plonger le spectateur dans le noir. La projection lumineuse qui se diffracte sur les murs agit alors comme les veilleuses de notre enfance. L’artiste convoque l’imaginaire du château médiéval – Barbe bleue n’est pas loin – pour  instaurer une tension entre l’angoisse du drame et sa conjuration par l’humour et le merveilleux. L’obscurité de l’ancien donjon médiéval à l’architecture rude et martiale et la chauve-souris, un animal plutôt synonyme d’inquiétude dans l’inconscient collectif s’opposent à la lumière de la projection, à l’humour présente dans la vidéo et dans le titre de l’oeuvre et aux paillettes, matériaux « girly » et enfantin. Comme les paillettes, la couverture de survie brille et réfléchit la lumière, mais elle évoque aussi les drames et les catastrophes de notre époque dont les médias se font régulièrement l’écho. L’artiste fait entrer le spectateur dans un théâtre d’ombre et de lumière qui peut rappeler certaines œuvres de Christian Boltanski ou d’Annette Messager. Son installation met en scène un univers mental en exploitant les qualités du lieu, l’imaginaire qu’il convoque et même les clichés qu’il véhicule. Cécile Wesolowski occupe le décor de conte de fée qu’offre l’intérieur du beffroi pour y déployer une installation poétique et bricolée où l’angoisse du drame médiatisé (symbolisé par la couverture de survie) est sublimée par le mouvement hypnotique et rassurant du scintillement de la lumière.

Le lieu

Inscrit au patrimoine de l’humanité par l’Unesco, le beffroi est le plus vieil édifice de Boulogne conservé dans de telles proportions. Ancien donjon des seigneurs boulonnais érigé au XIIème siècle, il fut par la suite offert à la commune récemment dotée d’une charte et qui en fit ainsi son beffroi. Ce dernier a donc possédé deux fonctions successives, toutes deux symbolisant un type de pouvoir fort et significatif du monde médiéval. On pénètre aujourd’hui dans le beffroi par le rez-de-chaussée, par une porte moderne, à côté de laquelle apparaissent les vestiges d’un arc de style gothique noyés dans la maçonnerie, attestant l’existence d’une précédente entrée. Les murs épais et les grosses pierres, ne laissant entrer que peu de lumière, nous plongent dans l’atmosphère des vieux donjons médiévaux. L’apparente rudesse du lieu laisse peu à peu place à l’enchantement si caractéristique de ses hauts lieux médiévaux qui nourrissent notre imaginaire. Fidèle à sa fonction première, la pièce laisse peu de place à l’ornementation ; seules quelques clefs de voûtes sculptées viennent égayer la pièce, ainsi que, dans le fond, le puits de l’ancien couvent des Cordeliers et un vitrail de 1900 représentant Godefroy de Bouillon, dont la naissance est volontiers située à Boulogne-sur-Mer.

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